Samedi 5 avril 2008
Ou logique de consommation. Bien que tout à fait anodin cette partie de notre magnifique Dossier-feuilleton sur le manga en France n'en est pas moins absolument essentiel, puisque c'est ici que se joue l'avenir économique, donc industriel, qualitatif ou plus simplement de la diffusion du manga en France !

1.     « Scans » et « fansubs »

Les « scans » et les « fansubs » sont un des nouveaux enjeux du marché du manga. Les consommateurs se réunissent et traduisent des mangas encore non-sortis en France, ou des animés non licenciés pour permettre au public de profiter de mangas inconnus ou pour suivre la suite de sa série sans attendre les années nécessaires aux éditeurs français pour rattraper le rythme de parution de leurs homologues nippons. Deux problèmes se présentent, certains consommateurs n’achètent pas les œuvres qu’ils ont pu avoir gratuitement sur internet, mais sans, l’engouement manga diminuerait, car un point important est l’implication des lecteurs dans leur passion, et de la transmettre, sans quoi la sensation de n’être que des bêtes consommateurs freinerait le phénomène à coup sûr. Et que dire du mail de Kana à certains de ces sites proposant des « scans » des tomes de leur série phare Naruto, encore non-traduites ? Mais qui en même temps ont pu vendre leur nouvelle série Death Note (de Tsugumi Ohga et Takeshi Obata ci-contre), avec un engouement encore inégalé, car la série était devenue un véritable phénomène sur internet, et sa renommée dépassait la majorité des mangas déjà sortis. Il y a donc un accord tacite entre éditeurs, « scans » et « fansuber », chacun s’apportant mutuellement.

Un prochain article sera consacré  à la question des scans et du fansub. Notez que le  lien proposé sur votre droite Iscariote est  le seul lien de scantrad que j'ai mis. En effet, je pense que c'est un des seuls possédant une "politique éditoriale" à l'abri de toute revendication de la part des éditeurs français. Ils traduisent à leur rythme et essentiellement des oeuvres méconnues ou underground et les retirent de leur site dès qu'ils sont licenciés.

2.     Pourquoi un manga et pas une BD ? (aspect économique)

Entre un tome d’une bonne série française coûtant environs 15 euros, et ne sortant qu’un tome par an ou tout les deux ans (comme XIII ou Largo Winch par exemple), le consommateur préférera logiquement une bande-dessinée à l’intrigue toute aussi développée, mais sortant jusqu’à 6 fois par an, et pour un prix moindre. En effet un tome de manga coûte en général entre cinq et douze euros maximum.

3.     Un phénomène de mode ?

C’est souvent une critique faite au marché du manga : « ça ne durera pas », « les gens vont s’en lasser », « dès que ça fera moins d’argent tout le système s’écroulera car il ne sera plus rentable »… Il est vrai en effet que les médias français ont présenté le phénomène en tant que mode, depuis l’arrivée tonitruante de Naruto dans l’Hexagone. Car c’est à partir de là que le processus de parution s’est réellement amplifié. Toutefois n’oublions pas que malgré cela, les mangas sont en France depuis maintenant bientôt 20 ans, pas mal pour une mode passagère. Et point sans le doute le plus intéressant, selon des études statistiques de sites internet dé

diés aux mangas, l’âge moyen des consommateurs varie entre deux âges : les plus jeunes et plus nombreux ayant entre 16 et 22 ans, et les plus âgées ayant entre 29 et 33 ans. Deux âges, la même passion : il s’agit des différentes apparitions du manga : les premiers étant de l’arrivée de Naruto et du « Club Dorothée » sur Tf1, les seconds étant de celle d’Akira et des animés diffusés par Dorothée à la fin des années 70 sur antenne 2. Tous disent n’être pas prêts d’arrêter de lire des mangas, et les nouvelles générations s’y mettent aussi, encore plus tôt que leurs ainés. Le manga a donc encore de l’avenir devant lui.

4.     Pourtant…

Pourtant, la crise ne serait se faire attendre. Tous les professionnels redoutent ce qu’ils appellent déjà « la crise ». Selon eux, le marché va arriver à saturation d’ici à peine cinq à dix ans, à cause de la mauvaise fréquence des parutions françaises, qui est très différente de celle des japonais. Nous sortons des centaines de séries par an, à quoi il faut ajouter les anciennes, un énoncé simple mais redoutablement vrai apparaît alors : « qui aura le temps de tout lire et de tout acheter ? ». Et le grand perdant, même s’il ne le sait pas encore, c’est le lecteur, car si crise il y a, ne resteront que les gros blockbusters issus des « majors du manga », et les séries indépendantes, moins connues et d’auteurs risquent d’en pâtir.


Par Manga Man - Publié dans : Dossier
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